Jean-François Masson Moussaillon ![]() |
Sorti de son sommeil au milieu de ses rêves Qui l’avaient habillé en jeune Capitaine, Le moussaillon sursaute et malgré tout se lève Revêtant prestement sa vareuse de laine. Dehors rude est la nuit sous un ciel sans étoile Qui libère sans fin une pluie glaciale. Le moussaillon, transi, s’abrite sous la voile Du frêle esquif de pêche amarré à la cale. L’équipage au complet le bateau appareille Sous les ordres bourrus de son bien vieux patron. Le moussaillon, alors, prend son poste de veille Et de ses yeux naïfs va scruter l’horizon. Envoûté par la mer qui bat dans les ténèbres, Son corps bien enroulé au creux de la misaine, Le moussaillon, pensif, rêve qu’il est célèbre Et reprend son habit de jeune Capitaine. |
Inévitable marin,
Jean-François Masson emporta sous sa vareuse de laine cet
héritage nu qui prépare aux grandes émotions, aux
incroyables conversions de l’âme. Tant de mer à
courir, de flots à chevaucher, il composa avec ces solitudes en
se déroutant vers des refuges intérieurs où la
poésie veille. Et tant d’incertitudes aussi, les yeux
brûlés de brume, « à piquer la cloche au
gaillard », vigie sur l’aileron dans la « plume
» inhumaine ; il gagna ces silences qui méritent aux
tempêtes. Et là, pour quelques heures, en paix avec le
Monde, le cœur exulte, expurge de chaque ombre l’indicible
beauté. Voici un livre de bord écrit de force et de
douceur, de parfums et de tempêtes, trempé aux angoisses
d’un moussaillon, ramené des méandres au long cours
par un fier capitaine, poète à chaque instant !
Bernard Trebaol
|
|
Flash |